Le 04 avril 2016, au lendemain du Marathon de Paris, Europe 1 conseillait fortement à tous les marathoniens de ne jamais recommencer l’exploit (lire l’article d’Europe 1 sur le sujet ici).
Avec tout le respect que nous leur devons, nous allons remettre dans le bon contexte les propos tenus sur cette radio de grande écoute que représente Europe 1 et qui a donc pu toucher de nombreux coureurs en France et les faire se poser des questions légitimes sur leur pratique.
Ce sujet a été débattu et discuté au préalable avec l’équipe de La Clinique Du Coureur, la référence dans la santé des coureurs, et plus principalement Blaise Dubois, Cédric Robert et Flavio Bonnet.
Faut il vraiment abandonner le marathon ?
Des données scientifiques transformées par l’expert Europe 1
L’article commence par un paragraphe tel que celui-ci :
« Et il n’est pas le seul à donner ce conseil. Une équipe de chercheurs a en effet étudié l’effet du marathon de Berlin sur la santé de 167 coureurs amateurs de 50 ans d’âge moyen. Et les résultats sont sans appel : les prises de sang révélaient en effet des marqueurs biologiques de souffrance cardiaque. Courir de telles distances ne serait donc pas si bon pour la santé et ce, même sur le long terme. Ces paramètres sanguins sont en effet modifiés pendant deux semaines après la fin du marathon. »
Une vérification plus approfondie de la part des journalistes semble nécessaire pour rectifier le postulat. En effet, après quelques recherches rapides, nous avons retrouvé l’étude scientifique en question et cette dernière ne se conclue pas du tout de la même manière que l’a annoncé Europe 1.
Voici ce que conclut l’étude en question :
« Parmi les coureurs, 58 % présentaient une augmentation significative des biomarqueurs cardiaques après la fin du marathon. Dans l’ensemble, les changements dans les paramètres échocardiographiques pour la fonction ventriculaire gauche et droite systolique ou diastolique n’indiquent aucune dysfonction myocardique pertinente. Notamment, 30% de tous les participants ont montrés une diminution de 25 % du taux de cystatine C- estimée filtration glomérulaire ( GFR ) à partir de la ligne de base directement après le marathon ; dans 8 % des cas , nous avons observé une baisse de plus de 50% . Tous les paramètres cardiaques et rénaux sont retournés à des plages de référence dans les 2 semaines après le marathon. »
On observera donc rapidement la transformation de conclusion entre la vraie étude et la retranscription d’informations de la part des journalistes.
Que nous dise les autres études scientifiques concernant le risque cardiaque?
Etude n°1 : The impact of repeated marathon running on cardiovascular function in the aging population.
Cette étude, menée sur le marathon de Manitoba en 2010 et 2011 auprès de 25 coureurs et coureuses de plus de 50 ans, démontre qu’une hausse temporaire, mais réversible, des biomarqueurs cardiaques et de dysfonction systolique du ventricule droit ont été enregistré à la suite de la course.
Ceci vient donc confirmer l’étude précédente.
Etude n°2 : The risk of marathon runners–live it up, run fast, die young ?.
Cet étude est ressortie lors d’échanges sur twitter concernant cette information diffusée au grand public. Pour faire un compte rendu de cette étude, nous avons choisi d’y intégrer un éditorial du docteur Tim Noakes.
Ce qui ressort de cette étude :
- Faire beaucoup de course n’entraine pas de bénéfice important sur la santé cardiaque,
- Les bénéfices des entrainements/courses au niveau cardiaque ne sont pas linéaires mais plutôt paraboliques, signifiant donc, par exemple, qu’un marathonien ayant participé à plus de 20 marathons présente des facteurs biologiques et psychologiques qui peuvent nuire à sa santé cardiaque sur le long terme.
Ces deux postulats sont à nuancer par le fait que cette étude ait été menée sur une population de coureurs soucieux de leur santé cardiaque et donc potentiellement des personnes se percevant comme plus à risque d’un point de vue cardiaque que la moyenne.
Notre conclusion suite à la lecture de cette étude :
- Les coureurs ayant couru actuellement plus de 20 marathons n’ont pas plus de risque cardiaque à moyen terme qu’une personne n’en ayant jamais couru,
- A l’heure actuelle, des taux très très faibles de problèmes cardiaques ont été relevés sur les millions de course à travers le monde,
- 66% des coureurs âgés de 50 ans et plus avaient un taux faible de risque cardiaque ce qui implique qu’il n’y a aucune logique de recommander l’arrêt de la pratique du marathon pour eux.
Et en ce qui concerne le risque articulaire, que disent les études ?
Etude n°1 : 2014-Vuolteenaho - Running a marathon induces changes in adipokine levels and in markers of cartilage degradation - novel role for resistin.
Cette étude, menée sur des mesures pré et post marathon de 46 coureurs, montre qu’une dégradation des cartilages est bien effective à la suite d’un marathon. Cependant, l’étude montre également la corrélation entre l’augmentation d’une hormone appelée « la résistine » et la dégradation des cartilages.
La résistine est une adipocytokine, c’est-à-dire une molécule produite par le tissu adipeux, qui est impliquée dans la régulation du métabolisme des lipides et du glucose.
Cette corrélation permet de suggérer une adaptation du corps lors d’une épreuve telle que le marathon grâce à la production hormonale.
Etude n°2 : 2013-Karstoft - Daily Marathon Running for a Week - the Biochemical and Body Compositional Effects of Participation.
Cette étude porte sur 8 coureurs, non professionnels, expérimentés participant à 7 marathons lors de journées consécutives. Les conclusions de l’étude ont montré que des augmentations mineures de marqueurs de dommages aux cellules musculaires squelettiques et aux hépatiques ainsi que des marqueurs inflammatoires ont été observées suite à la course. Cependant, aucun effet négatif n’a été constaté suggérant ainsi qu’une bonne adaptation à un tel stress n’impliquait pas d’effets néfastes sur le corps.
Etude n°3 : 2013-Rasmussen - Weekly running volume and risk of running-related injuries among marathon runners
Dans cette étude, les auteurs ont proposés un questionnaire auprès de 662 répondants afin de connaitre l’influence du volume d’entrainement en préparation d’un marathon sur les risques de blessures.
De cette étude, il ressort clairement qu’un volume d’entrainement inférieur à 30 kms/semaine sur une préparation au marathon représente un volume trop faible et est potentiellement plus à risque de blessures qu’un volume entre 30 et 60 km/semaine ou même plus de 60 km/semaine.
Etude n°4 : 2015-Hesper - Quantitative T2∗ assessment of knee joint cartilage after running a marathon
Cette étude, menée sur 10 marathoniens non professionnels âgées d’environ 28ans, a observé le temps de relaxation du cartilage T2 du genou à 3 différents moments, 48 h avant, 48h après et 4 semaines suivant leur marathon. Aucun dommage cartilagineux n’a été démontré. Une légère, mais non significative, augmentation du cartilage T2 a été observé juste après le marathon, cependant cet effet s’est estompé après les 4 semaines. Ce résultat soutient également la thèse des mécanismes d’adaptation du corps sur un stress contrôlé.
Etude n°5 : 2012-Hansen - Does Running Cause Osteoarthritis in the Hip or Knee
Cette revue de littérature se base sur de nombreuses études passées. Bien que la conclusion de cette étude semble indiquer qu’aucun lien n’existe entre des problèmes articulaires et le fait de courir de longues distances, certains auteurs comme Wijayaratne, sur une étude de 2 ans auprès de 148 femmes âgées de 40 à 67 ans, ont découvert que les personnes sédentaires avec une réduction des cartilages plus important que les coureuses du même groupe. Pour Mosher, ses investigations ont démontré que pour n’importe quelle tranche d’âge, le groupe de marathoniens avait augmenté son volume de cartilage comparativement au groupe de sédentaires quelques temps après leur course.
Etude n°6 : 2013-Williams - Effects of Running and Walking on Osteoarthritis and Hip Replacement Risk
Cette étude a suivi 74.752 coureurs sur 7.1 ans et 14.625 marcheurs sur 5,7 ans et relevait le nombre de cas de personnes atteintes d’arthrose ou ayant subi un remplacement de hanche durant cette période. Sur les 74.752 coureurs, seulement 2004 coureurs (2.70%)ont eu de l’arthrose et 259 (0.34%) un remplacement de hanche. De l’autre côté, sur les 14625 marcheurs, 696 (4.76%) ont eu de l’arthrose et 114 (0.78%) ont subi un remplacement de hanche.
L’étude en question conclut donc clairement que la pratique de la course à pied réduit de manière significative les risques d’arthroses ainsi que de remplacement de la hanche. Un élément important est également à prendre en compte et mentionne que ce risque diminue avec l’indice de masse corporelle.
Le marathon, un exercice peu anodin mais pas mortel
Nous avons pu au travers de ces diverses études, et de nombreuses autres que nous n’avons pas citées le permettraient également, nous rendre compte que courir un marathon n’est pas anodin pour notre organisme. Cependant, déclarer que courir un marathon est une chose qui ne peut être réalisée qu’une seule et unique fois dans l’optique de ne pas créer de lésion irréversible n’est aucunement fondée. Comme pour toute chose, une progression dans la pratique ainsi qu’une régularité semblent être des facteurs indispensables dans l’adaptation tissulaire et afin de réduire les risques de blessures en course à pied.
La science est de plus en plus abondante et ses prises de positions de plus en plus claires. Courir régulièrement (marathon inclus) est beaucoup moins dommageable que le sédentarisme qui tue actuellement plus de personne que le « smokadiabesity » (cigarette-diabète-obésité réuni!). Dans cet article, il est prouvé que l’inactivité physique tue plus d’Américains que la cigarette, le diabète et l’obésité réunis. L’inactivité physique a été associée à environ 16% de décès subséquents sur une période de suivi d’approximativement 20 ans. Fumer la cigarette a été associé à environ 8% de décès dans cette période, l’obésite 4% et le diabète 2%. En somme, la faible condition physique a tué une plus grande population que ce qu’on pourrait appeller la « smokadiabesity ».
Rappelons également qu’un auto-diagnostic de blessures ou douleurs n’est généralement pas la bonne solution à adopter. Notre conseil : à la moindre alerte gênante, des professionnels médicaux pourront vous établir un diagnostic et vous faire des recommandations adaptées à votre profil, alors plutôt que de risquer quoi que ce soit avec votre santé, n’hésitez pas à consulter.
Bibliographie :
- Europe 1 et Docteur Kierzek, 04/04/2016: http://www.europe1.fr/sante/marathon-ne-recommencez-pas-2710831)
- Hewing, Schattke, Spethmann, Sanad, Schroech, Shimke, Hualleck, Peters, Brechtel, Lock, Baumann, Dreger, Borges, Knebel: Cardiac and renal function in a large cohort of amateur marathon runners 2015
- Karlstedt, Chelvanathan, Da Silva, Cleverley, Kuma, Bhullar, Lytwyn, Bohonis, Oomah, Nepomuceno, Du, Melnyk, Zeglinski, Ducas, Sefidgar, Mackenzie, Sharma, Kirkpatrick, Jassal: The impact of repeated marathon running on cardiovascular function in the aging population 2012
- Noakes: Time to quit that marathon running? Not quite yet 2013
- Vuolteenaho, Leppänen, Kekkonen, Korpela, Moilanen: Running a marathon induces changes in adipokine levels and in markers of cartilage degradation- novel role for resistin. 2014
- Karstoft, Solomon, Laye, Pedersen: Daily marathon running for a week: The biochemical and body compositional effects of participation 2013
- Rasmussen, Nielsen, Juul, Rasmussen: Weekly running volume and risk of running related injuries among marathon runners 2013
- Hesper, Miese, Hosalkar, Behringer, Zikens, Antoch, Krauspe, Bittersohl: Quantitative T2 assessment of knee joint cartilage after running a marathon 2015
- Hansen, English, Willick: Does running cause osteoarthritis in the hip or knee 2012
- Williams: Effetcs of running and walking on osteoarthritis and hip replacement risk 2013
- Karim Khan: « Smokadiabesity » reaches epidemic proportions. But low fitness still kills more American than smokin, diabetes and obesity combined!
Un seul problème mais de taille, un cœur pèse environs 900 grammes, il est suspendu et tenu par l’aorte et les coronaires, quand vous courrez des grandes distances votre cœur fait en permanence le yoyo, résultat votre aorte et les coronaires durcissent. Une étude scandinave récente traduite en français et mise en liste noire sur Google le démontre : sur plus des 200 marathoniens examinés TOUS avaient une aorte rigide. Essayez de retrouver cet article…..
Bonjour Nicolas,
Si tu retrouves l’étude, nous sommes preneurs car malgré beaucoup d’efforts et malgré la qualité de notre base d’études scientifiques, celle-ci est introuvable.
N’ayant pas accès à la méthodologie mise en place, nous ne pouvons confirmer ou affirmer tes commentaires.
Chose certaine, la majorité des études montrent que la rigidification de l’aorte et des coronaires est avant tout dû au vieillissement. A priori, l’étude dont tu parles a été réalisé uniquement sur des marathoniens, il aurait été intéressant d’avoir un point de comparaison entre coureurs et non coureurs sur une même tranche d’âge pour pouvoir analyser correctement les données de rigidification.
N’hésites pas à nous transmettre cette étude!
Bonjour
J’avais cette étude en favoris il y a deux ans, mais suite a une grave panne de mon ordinateur j’ai du le changer. Depuis je n’arrive plus à retrouver cette étude ! Il faudrait ce renseigner, par exemple, auprès de la Fédération Française de Cardiologie. La course à pied n’est pas un sport où le corps est porté ( voir les rares entrées sur Google !). Donc, si ont est logique, et en réfléchissant en voyant un cœur, ce problème tombe sous le sens…
Publié sur le site de la piscine d’Annecy :
Source : article du magazine « Running Attitude » p 46 – oectobre 2012 ;
« Physio – chocs plantaires : 60 mn de marche = 10 mn de course
[…]
Lorsque l’on marche, à chaque pas nos pieds supportent 100% du poids du corps. Lorsque l’on se met à courir, la contrainte passe à 400% du poids du corps ! […]
Lorsque l’on pratique un sport « porté », cette contrainte mécanique imposée par l’exercice devient inférieure à celle imposée par la marche.
Lorsque l’on nage, elle est comprise entre 1 et 8% et lorsque l’on pédale, elle représente 20% du poids du corps pour chaque pied. […] »
Ajoutons « la petite phrase » du Dr Laurence Morehouse (USA) :
« Nous avons calculé qu’une personne restée inactive pendant 3 jours a perdu 5% de sa force. En restant au lit une demi-journée, vous réduisez la quantité de temps pendant laquelle vous pouvez être actif ; en conséquence, plus longtemps vous resterez couché, au delà d’un maximum de 9h, plus faible vous deviendrez. » …
Donc, n’hésitez pas à pratiquer la natation !
Plus vous la pratiquerez, plus vous vous sentirez à l’aise, meilleure sera votre santé.
Bonne natation !